dimanche 5 avril 2015

Les bicyclettes à Gaza

La ville de Gaza est la plus grande de la Bande de Gaza. Avec 400.000 habitants, c’est aussi la plus peuplée. Le taux de croissance démographique est proche du 3%. Donc, elle est un monstre très difficile de gérer. Ces chiffres pourraient faire penser que l’objectif municipal est de survivre à tout prix. Ceci est faut. La ville veut pouvoir offrir des services municipaux, si possible de qualité.

L’un d’entre eux est l’assainissement urbain. La mairie a essayé divers projets pour surmonter le manque de voiture que les fonctionnaires doivent utiliser dans ces services municipaux.  L’un de ces projets est bien curieux. Il s’agit de l’utilisation des bicyclettes.

Ce projet a été très bien reçu par les  Gazaouis et les services de l’environnement. Le manque de voitures municipales n’est pas nouveau. Le transport a toujours été un problème. Cela a obligé les ingénieurs municipaux à prévoir constamment des solutions. Ils ont réussi que le Conseil municipal approuve l’idée au mois de septembre 2014. Chaque inspecteur municipal a droit à un vélo unique, identifié par son numéro de série et visible pour tous avec son logo municipal et sa couleur orange. De leurs côtés, les employés de la ville sont heureux de cet outil de travail. Certains utilisaient déjà leurs vélos privés. Rouillés, vieux et lourds, ceux-ci étaient une mauvaise image pour la fonction publique.

Á Gaza comme dans nombre de pays méditerranéens, les deux-roues sont vus comme des moyens de locomotion utilisés par les pauvres, bien loin des paramètres hollandais.

samedi 21 mars 2015

21 mars, Journée internationale de lutte contre le racisme

Il y a 49 ans, l’ONU a instauré la Journée internationale de lutte contre le racisme. En Espagne, l’année 1966 est la  vingt-septième année du régime de Franco, selon-lui, un régime de paix, la paix des cimetières. Il a fallu attendre l’arrivée de la démocratie en 1978 pour le racisme commence à exister dans les livres d’études et dans les lois. C’est dans l’article 14 de la Constitution que l’égalité des espagnols est proclamée sans qu’aucune discrimination puisse être introduite fondée sur la naissance, la race, le sexe, la religion, l'opinion ou sur toute autre situation ou circonstance personnelle ou sociale.

Cependant, le chemin de l’égalité des citoyens est loin d’être achevé. Les vieux démons espagnols réapparaissent. L’étranger, le Juif, le Rom, le Musulman - ou supposé tel - ou encore le sans papier, sont les «  boucs émissaires  » auxquels est attribuée la responsabilité de tous les maux et de toutes les injustices de la société, qu’ils sont pourtant parmi les premiers à subir. 

Profitant du désarroi d'une partie de plus en plus grande de la population, en Espagne comme dans l’ensemble de l’Europe, l’extrême droite progresse. Son  discours xénophobe se veut rassurant pour une partie de la population. En plus,  l’apparente impunité des réseaux sociaux permet une liberté d’expression qui est utilisée pour tenir des propos odieux, racistes, xénophobes et homophobes.

Mais l’extrême droite n’est pas seule en cause. La Méditerranée est devenue le cimetière de milliers de migrants africains. En Europe, une nouvelle campagne de traque contre les sans-papiers a été lancée. Les pays membres de l’espace Schengen ont organisé une opération baptisée « Mos Maiorum »  contre les immigrants clandestins. Les migrants arrêtés devaient être soit renvoyés dans leur pays d’origine ou bien maintenus en rétention.
Dans certains pays européens, les expulsions d’étrangers Roms n’ont jamais été aussi nombreuses. Comment s’étonner de la banalisation du racisme ?

En Espagne, quand les responsables régionaux tiennent des propos stigmatisants, les citoyens se sentent protéger dans la recrudescence des actes racistes au quotidien. Au niveau national, il faut savoir que les traques des étrangers ont commencé avec le circulaire nº 1 du 25 janvier 2010 du Commissariat general des frontières de la police national. Durement critiqué par les syndicats policiers, le Ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérz Rubalcaba, s’est défendu en parlant des erreurs de communication. Mais il ne l’a pas dérogé. Les contrôles au faciès ont perduré. Les Africains et les Sud-Américains subissent les mêmes injures.

Le 11 janvier, des millions de citoyens ont dit leur solidarité au cri de « Jesuis Charlie ». Ils ont dit aussi leur refus de la haine et de l'amalgame. Mais depuis cette date, en Espagne aussi, les actes islamophobes ont augmenté par rapport à janvier 2014. Les actes antisémites ont doublé en un an.

En ce 21 mars, il faut réaffirmer notre refus de toute forme de racisme. Le véritable objectif doit être une véritable égalité des droits parce que le racisme prospère sur les inégalités. La société doit se mobiliser pour faire reculer les problèmes sociaux et politiques, générateurs de souffrances et d’inégalités.

C'est sur ces bases universalistes qu’en 1978, notre Constitution a été approuvée: liberté, justice, égalité, et pluralisme politique.

dimanche 8 mars 2015

Sur la journée internationale de la femme.

Les femmes représentent la moitié de la population. Ce simple chiffre statistique devrait suffire pour une reconnaissance des droits. Cependant, ce n'est pas le cas. Principalement dans les zones de conflits armés, elles sont souvent des proies pour ces durs guérilleros qui prétendent les défendre, bien sûr, sans leurs accords.

Tel est le cas de Boko Haram, le groupe terroriste du Nigéria, qui justifie ses actions par une lecture honteuse du Coran. Pour les chercheurs des réseaux sociaux, je laisse les lectures du hasthtag #BringBackOurGirls qui vont de la sincère société civile nigérienne à la vague de sentimentalisme globale des stars du « show business », posant avec des affiches de protestation.

Cependant, après une guerre, les femmes devraient participer activement aux changements et solutions qui touchent la société, y compris la résolution des conflits ultérieurs. L’expérience des conflits armés a prouvé qu'il est d'une importance cruciale de permettre la pleine et égale participation des femmes dans la paix et la sécurité. L'inclusion des femmes augmente la probabilité de parvenir à une paix durable.

Malheureusement, les femmes ne sont pas souvent considérées comme parties prenantes dans les processus de paix. Invitées à prendre les armes en temps de guerre, elles sont reléguées à des tâches auxiliaires en temps de paix. Tel est le cas de l'actuel processus de paix en Colombie.

Souvent, elles ont supporté plus de quotas de cruauté dans les conflits que les hommes. Par conséquent, elles devraient recevoir leurs réparations proportionnelles et leurs dédommagements. De nombreuses ONGs travaillent dans cette ligne. Une d'elles est COLEMAD (Colectivo Mujeres al Derecho). Cette association se consacre depuis 2003 à étudier et intervenir sur la situation, les besoins et les droits des femmes rurales touchées par le déplacement forcé et le conflit armé en général, ainsi que sur la responsabilité de l’Etat.

Par conséquent, le monde doit accepter que les femmes ne soient pas de simples victimes civiles. Il est de justice reconnaître le rôle crucial des femmes dans la reconstruction de sociétés et de la promotion de la paix.

Les femmes devraient jouer un rôle de décideurs dans toutes les étapes de résolution des conflits, aussi bien dans la paix, pour les pourparlers de réconciliation, comme dans la prévention de la répétition à l'avenir des conflits.

Le quinzième anniversaire de l'adoption de la résolution 1325 du Conseil desécurité de l'ONU est un rappel de la nécessité de redoubler les efforts de donner une voix aux femmes dans la consolidation de la paix. Grâce à l'adoption d'un Plan National d'action sur les femmes, paix et sécurité, chaque administration locale pourrait contribuer substantiellement aux aspirations d'une implémentation de cette importante résolution.


La garantie de l’égalité des  droits pour les femmes et les hommes est essentielle pour la sécurité et une paix durable dans le monde.

dimanche 15 février 2015

Le touriste social en Espagne

La Cour de Justice de l'Union Européenne a considéré que les Etats de l'UE n'étaient pas tenus de verser des prestations à des citoyens d'autres Etats membres, ne se rendant sur leur territoire que pour bénéficier de l'aide sociale. L’arrêt de la cour, dans l’affaire C-333/13 peut se lire en cliquant ici.

On a aussitôt parlé d'un « tourisme social » et de déplacements en vue de bénéficier de prestations. En Espagne, on montre du doigt les Roms de Roumanie et de Bugarie. Cependant, personne n’a osé stigmatiser les retraités européens du Nord qui achètent des maisons á la plage. Il est évident que les complexes racistes et xénophobes en sont la cause.

Tout d’abord, il faut reconnaitre que l’article 14 de la Constitution de 1978 a reconnu l’égalité entre tous les espagnols. Cela a permis de fermer les écoles séparées qui existaient pour les Roms. Trente ans après, les chiffres sont éloquents. Aujourd’hui, ceux qui vivent dans les bidonvilles représentent le 4 % de la population face au 31% en 1980. Un taux de 93,2% d’enfants scolarisés prouve l’effort fait par tous.

De leur côté, les Roms no espagnols vivent dans des conditions précaires et se sont réfugiés dans la mendicité. Ces personnes cherchent à fuir des discriminations sociales et racistes qui en font de véritables "relégués" dans leurs pays de nationalité, désormais membres de l'Union Européenne. C'est dans ce contexte qu'ils recherchent des conditions de vie meilleures, en premier lieu par l'accès au travail, le plus souvent dans des métiers particulièrement durs et mal rémunérés. Mais, ils ne bénéficient aucunement de prestations sociales qui seraient "de droit", sauf précisément dans les cas où ils travaillent et paient leurs cotisations sociales.

De l’autre côté de la balance, se trouvent les retraités européens du Nord. Ceux-ci connaissent leurs droits. Ils savent se défendre. Il est vrai qu’ils ont, soit signé un bail, soit un contrat d’achat d’une maison. Ce fait permet qu’ils obtiennent un document, le NIE, le numéro d’identité de l’étranger. Après-ça, il est plus simple d’avoir la carte d’assistance sanitaire. Avec ce parcours administratif, ils ont eu accès au système de santé espagnol, universel, gratuit et organisé par régions autonomes. Quand on connait les frais des opérations dans certains pays « riches », on comprend pourquoi ils viennent s’opérer dans un pays « pauvre » comme l’Espagne.

Maintenant, tous ressortissants européens ne peuvent bénéficier en Espagne de prestations sociales telles que les allocations familiales, les aides au logement ou autres s'ils ne remplissent pas certaines conditions. Comme les Espagnols et les autres ressortissants européens, les citoyens roumains et bulgares présents en Espagne qui bénéficient de prestations sociales sont ceux qui cotisent et paient leurs impôts. Les aides qui ne sont subordonnées à aucune condition de séjour, sont presque nulles. La seule possibilité est de tomber malade et aller d’urgence á l’hôpital. Tous les êtres humains quelle que soit leur nationalité ont droit á être soigner. Si quelqu’un ose dire le contraire, il faut lui rappeler le Serment d'Hippocrate: « Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent ».

 Il est évident que tous les résidents en Espagne, quelle que soit leur nationalité, devraient accéder à tous les droits et prestations de droit commun dans les mêmes conditions pour tous, ce qui est loin d'être le cas : le montant des droits non perçus est bien supérieur à celui des éventuelles fraudes.

L’affaire C-333/13
Dans l’affaire C‑333/13, ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Sozialgericht Leipzig (Allemagne), par décision du 3 juin 2013, parvenue à la Cour le 19 juin 2013, dans la procédure Elisabeta Dano, Florin Dano contre Jobcenter Leipzig,  la Cour (la grande chambre), dit pour droit:
   1)      Le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, tel que modifié par le règlement (UE) n° 1244/2010 de la Commission, du 9 décembre 2010, doit être interprété en ce sens que les «prestations spéciales en espèces à caractère non contributif» au sens des articles 3, paragraphe 3, et 70 de ce règlement relèvent du champ d’application de l’article 4 dudit règlement.
   2)      L’article 24, paragraphe 1, de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, modifiant le règlement (CEE) n° 1612/68 et abrogeant les directives 64/221/CEE, 68/360/CEE, 72/194/CEE, 73/148/CEE, 75/34/CEE, 75/35/CEE, 90/364/CEE, 90/365/CEE et 93/96/CEE, lu en combinaison avec l’article 7, paragraphe 1, sous b), de celle‑ci, ainsi que l’article 4 du règlement n° 883/2004, tel que modifié par le règlement n° 1244/2010, doivent être interprétés en ce sens qu’ils ne s’opposent pas à la réglementation d’un État membre en vertu de laquelle des ressortissants d’autres États membres sont exclus du bénéfice de certaines «prestations spéciales en espèces à caractère non contributif» au sens de l’article 70, paragraphe 2, du règlement n° 883/2004, alors que ces prestations sont garanties aux ressortissants de l’État membre d’accueil qui se trouvent dans la même situation, dans la mesure où ces ressortissants d’autres États membres ne bénéficient pas d’un droit de séjour en vertu de la directive 2004/38 dans l’État membre d’accueil.